Apprenant l’ existence
de capuchons en feutre pour les clubs de golf, Dorothy Parker, poète
et scénariste américaine (Hitchcock, Preminger) disait déjà, il y
a près de cent ans : « La civilisation a atteint un point de
non-retour ».
Dans un monde futur que
l'on devine plus ou moins proche, une voix de philologue commente et
observe ce que révèlent d’ un temps révolu, le nôtre, les
portraits des 23 existences qui composent le Tombeau de Pamela
Sauvage, vestige d’ un outil révolutionnaire que l’ on
appelait alors le livre.
Ces 23 existences sont
apparemment liées entre elles selon l’ effet du petit monde. Une
hypothèse reprise par le chercheur Stanley Milgram, selon laquelle
chacun de nous serait relié à n’ importe quel autre individu
par une courte chaîne de relations sociales.
Le Tombeau de Pamela
Sauvage de Fanny Chiarello, aux éditions La
Contre Allée, est une
pépite dont le genre littéraire est un subtile mélange entre
science-fiction et réflexions philosophiques sur notre société
contemporaine. L'auteur nous entraîne dans la spirale des « six
degrés de séparation », un personnage après l'autre, reliés
entre eux par cet instant T très précis où leurs destins, l'espace
d'une infime seconde s'entremêlent. L'originalité réside dans le
fait que ces portraits sont sous la forme de notes de bas de page -
des notes dans des notes -, une suite de strates que nous ne cessons
de creuser à chaque nouveau chapitre... Exactement comme l'on
creuserait un tombeau, et plus métaphoriquement, nos idées et notre
existence !
Le livre est ici mis en
perspective par la voix scientifique et froide du narrateur,
personnage du futur qui porte sur notre société actuelle un regard
de chirurgien d'un pragmatisme à toute épreuve. Cette quasi absence
de jugement porte justement l'effet inverse : on se surprend à
découvrir l'absurdité de nos mœurs (ces femmes qui veulent être
des poupées plastiques...), de certaines de nos réactions, et
surtout du grand gâchis écologique que l'on fait de notre planète.
Car dans le futur la verdure n'existe plus, les animaux ont quasiment
disparu - la nourriture avec eux, et la notion de logement individuel
ne fait plus sens...
Un livre qui
paradoxalement vous donnera envie de vivre, de comprendre enfin la
réelle valeur de nos privilèges actuels. Un récit à creuser !
