jeudi 30 mars 2017

Dans la forêt sombre et mystérieuse / Winshluss

Angelo, jeune apprenti aventurier féru de zoologie, prend la route en famille pour rendre visite à sa mémé géniale qui est très malade. Mais sur l'aire d'autoroute où ils s'arrêtent, ses parents l'oublient et repartent sans lui ! Terrorisé, Angelo décide de couper à travers la forêt, où il se perd tout à fait... Ses rencontres avec de fascinantes créatures ― de la luciole obèse à l'ogre terrifiant ― vont faire de son singulier périple une aventure fantastique.




Cette nouvelle bande dessinée du génial et généralement subversif Winshluss (In god we trust, Pinocchio) est une BD jeunesse ! Lui qui nous avait habitués à un univers Underground (malgré une participations aux longs métrages animés Persepolis et Poulet aux Prunes) s'offre deux prix avec cette BD: Pépite d'Or du meilleur livre jeunesse 2016 et Prix France Télévisions des Moyens. L'auteur reste pourtant fidèle à lui-même: cette BD jeunesse est tout de même résolument trash et décalée, tout en nous offrant un conte hilarant.

Le jeune Angelo n'aime pas son frère qui l'embête, et adore sa grand-mère qui malheureusement tombe malade. En route pour la visiter, la famille oublie Angelo sans s'en apercevoir. Refroidi par une mauvaise expérience en stop, celui-ci décide de traverser la forêt et s'enfonce aux hasard des chemins. Une série d'aventures lui arrive ensuite, durant lesquelles il rencontre divers personnages lui apportant son soutien ou se révélant au contraire fourbes et dangereux, dans un univers de contes décalé où l'on ne distingue plus le rêve et la réalité.

Cet ouvrage, s'il est initialement adressée au jeune public plaira sans nul doute aussi aux adultes amateurs d'humour noir et de belle bande dessinée. On retrouve largement la patte de Winshluss dans les dessins et les dialogues, à l'instar des propos souvent impertinents du héros de l'histoire. Un travail incroyable et inclassable qui contribue à ancrer son auteur parmi les grands noms de la BD française.

vendredi 20 janvier 2017

Apatride / Shumona Sinha

Esha a quitté Calcutta pour s’installer à Paris, la ville dont elle rêvait. Or, d’année en année les déceptions s’accumulent, tout devient plus sombre et plus violent autour d’elle. Elle s’épuise dans d’innombrables batailles, et ne se sent plus en sécurité.

Issue d’une famille de paysans pauvres, Mina vit près de Calcutta. Par ignorance, ou par crédulité, elle est entraînée à la fois dans un mouvement d’insurrection paysanne qui la dépasse et dans une passion irraisonnée pour son cousin Sam, qui lui fait commettre l’irréparable.

Les destins de Mina et d’Esha se répondent dans ce roman qui ne ménage ni notre société ni la société indienne. L’écriture de Shumona Sinha est animée par la colère, une colère éloquente, aux images aussi suggestives que puissantes.






Pour cette rentrée littéraire de janvier, les Éditions de l'Olivier nous proposent ce percutant quatrième roman de Shumona Sinha. Nous y découvrons le parcours de trois femmes. Esha, alter-égo de l'auteur, a quitté l'Inde depuis 10 ans pour partir vivre à Paris. Mina vit dans la campagne autour de Calcutta et combat l'implantation d'une usine spoliant les terres agricoles de son village. Marie, adoptée illégalement en Inde par des français, cherche à découvrir la vérité et à renouer avec son pays d'origine.

Shumona Sinha, sous couvert d'un livre qui est un cri à la liberté, nous plonge aussi dans un constat amer: en Inde comme en France, les conservatismes, le racisme, le sexisme, les comportements irrespectueux sont loin de disparaitre et vont même en s'intensifiant. Le personnage principal, Esha, après quelques années d'une vie stable à Paris où elle pensait s'épanouir, se retrouve confrontée de manière insidieuse à la remise en cause de sa légitimité à vivre en France, et à être une femme libre. Mina quant à elle subit les effets violents du patriarcat lattant de la plus grande démocratie du monde.

Ce magnifique roman ne laisse pas indifférent, sa lecture est poignante.

mercredi 12 octobre 2016

Watership Down / Richard Adams

C'est dans les fourrés de collines verdoyantes et idylliques que se terrent parfois les plus terrifiantes menaces. C'est là aussi que va se dérouler cette vibrante odyssée de courage, de loyauté et de survie. Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves choisissent de fuir l'inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise : Watership Down. 

Mais l'aventure s'arrêtera-t-elle vraiment là ? Aimé et partagé par des millions de lecteurs à travers le monde l'envoûtant roman de Richard Adams fait partie de ces récits mythiques et hors du temps, une épopée sombre et violente, néanmoins parcourue d'espoir et de poésie. Vous sentirez le sang versé, vous tremblerez face aux dangers, vous craindrez la mort et par-dessus tout vous ressentirez l'irrépressible désir de savoir ce qui va se passer.




 Monsieur Toussaint Louverture, l'éditeur en France de cette nouvelle publication de Watership Down, vous avertit tout de suite: vous ne le savez pas, mais vous vous trouvez devant un classique de la littérature du XXème siècle. Plus de 50 millions d'exemplaires vendus à travers le monde depuis sa parution en 1972, rivalisant avec des Best-Sellers intemporels. Pourtant en France le succès est resté très confidentiel, jusqu'à cette nouvelle publication dont l'originalité de la couverture est typique de la maison d'édition.

Épopée naturaliste, le roman nous plonge dans les aventures de cette petite équipe de lapins, décidés à survivre coûte que coûte pour créer la garenne qui correspondra à leurs espoirs et à leurs attentes. Loin d'une description anthropomorphique, les lapins que l'on côtoie sont des lapins sauvages, adaptés à leur environnement. Ils ont des comportements qui sont issus d'une évolution plurimillénaire, d'un système de vie en société régi par des règles précises, et de facultés qui sont propres à chacun d'entre-eux. Au-delà de ces caractéristiques précises et sans-doute proches de la réalité, l'auteur a su construire une mythologie complète et originale régissant les pensées des lapins et leur vision de leurs semblables, des autres animaux, des prédateurs et bien-sûr des hommes. Tout un vocabulaire a été inventé, ainsi que leur manière d'appréhender l'inconnu et l'inattendu dans un monde où l'empreinte de l'homme se fait de plus en plus prégnante.

Roman passionnant, beau et haletant, Watership Down fait partie de ces pépites inconnues en France que Monsieur Toussaint Louverture sais dénicher, déterrer et remettre à la mode. À grands renforts de publicité certes, mais une publicité méritée.

mardi 16 août 2016

Ma part de Gaulois / Magyd Cherfi

C’est l’année du baccalauréat pour Magyd, petit Beur de la rue Raphaël, quartiers nord de Toulouse. Une formalité pour les Français, un événement sismique pour l’“indigène”. Pensez donc, le premier bac arabe de la cité. Le bout d’un tunnel, l’apogée d’un long bras de fer avec la fatalité, sous l’incessante pression énamourée de la toute-puissante mère et les quolibets goguenards de la bande. Parce qu’il ne fait pas bon passer pour un “intello” après l’école, dans la périphérie du “vivre ensemble” – Magyd et ses inséparables, Samir le militant et Momo l’artiste de la tchatche, en font l’expérience au quotidien.

Entre soutien scolaire aux plus jeunes et soutien moral aux filles cadenassées, une génération joue les grands frères et les ambassadeurs entre familles et société, tout en se cherchant des perspectives d’avenir exaltantes. Avec en fond sonore les rumeurs accompagnant l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, cette chronique pas dupe d’un triomphe annoncé à l’arrière-goût doux-amer capture un rendez-vous manqué, celui de la France et de ses banlieues.

Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l’identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d’une réalité qui persiste, boite, bégaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul !






Paru chez ACTES SUD pour la rentrée littéraire, ce troisième roman de Magyd Cherfi est résolument autobiographique. L'auteur nous immerge dans son quartier toulousain à la fin des années 70, principalement peuplé de familles d'ouvriers émigrés d'Algérie. L'auteur nous fait revivre ses pensées adolescentes, à chercher sa place entre traditions familiales et françaises, et à cultiver son amour de l'écrit tout en devenant par là même une cible pour ses camarades. On le suit durant l'année de son baccalauréat, objectif essentiel aux yeux de sa mère, et de la création de projets socio-culturels dans son quartier, prémisses des engagements militants du futur chanteur.

Le ton reflète le lieu et l'époque : on passe d'un langage familier teinté d'argot arabe ou gitan, à un vocabulaire plus soutenu quand l'auteur désire nous faire part de ses émotions profondes. On sent les tensions, sa peine à atteindre la liberté pour lui comme pour ses amis, mais aussi l'humour dans la fatalité, et parfois l'espoir en l'avenir malgré les difficultés du quotidien.

Magyd Cherfi vous en dira sûrement plus durant les Correspondances de Manosque le dimanche 25 septembre à 14h30, Place Marcel Pagnol.

mardi 5 juillet 2016

Tombeau de Pamela Sauvage / Fanny Chiarello

Apprenant l’ existence de capuchons en feutre pour les clubs de golf, Dorothy Parker, poète et scénariste américaine (Hitchcock, Preminger) disait déjà, il y a près de cent ans : « La civilisation a atteint un point de non-retour ».

Dans un monde futur que l'on devine plus ou moins proche, une voix de philologue commente et observe ce que révèlent d’ un temps révolu, le nôtre, les portraits des 23 existences qui composent le Tombeau de Pamela Sauvage, vestige d’ un outil révolutionnaire que l’ on appelait alors le livre.

Ces 23 existences sont apparemment liées entre elles selon l’ effet du petit monde. Une hypothèse reprise par le chercheur Stanley Milgram, selon laquelle chacun de nous serait relié à n’ importe quel autre individu par une courte chaîne de relations sociales.




Le Tombeau de Pamela Sauvage de Fanny Chiarello, aux éditions La Contre Allée, est une pépite dont le genre littéraire est un subtile mélange entre science-fiction et réflexions philosophiques sur notre société contemporaine. L'auteur nous entraîne dans la spirale des « six degrés de séparation », un personnage après l'autre, reliés entre eux par cet instant T très précis où leurs destins, l'espace d'une infime seconde s'entremêlent. L'originalité réside dans le fait que ces portraits sont sous la forme de notes de bas de page - des notes dans des notes -, une suite de strates que nous ne cessons de creuser à chaque nouveau chapitre... Exactement comme l'on creuserait un tombeau, et plus métaphoriquement, nos idées et notre existence !

Le livre est ici mis en perspective par la voix scientifique et froide du narrateur, personnage du futur qui porte sur notre société actuelle un regard de chirurgien d'un pragmatisme à toute épreuve. Cette quasi absence de jugement porte justement l'effet inverse : on se surprend à découvrir l'absurdité de nos mœurs (ces femmes qui veulent être des poupées plastiques...), de certaines de nos réactions, et surtout du grand gâchis écologique que l'on fait de notre planète. Car dans le futur la verdure n'existe plus, les animaux ont quasiment disparu - la nourriture avec eux, et la notion de logement individuel ne fait plus sens...

Un livre qui paradoxalement vous donnera envie de vivre, de comprendre enfin la réelle valeur de nos privilèges actuels. Un récit à creuser !

mercredi 22 juin 2016

À l'orée du verger / Tracy Chevalier

En 1838, dans l’Ohio, la famille Goodenough s'installe sur les terres marécageuses du Black Swamp, dans l'Ohio. Chaque hiver, la fièvre vient orner d'une nouvelle croix le bout de verger qui fait péniblement vivre cette famille de cultivateurs de pommes. Tandis que James, le père, tente d'obtenir de ces terres hostiles des fruits à la saveur parfaite, la mère, Sadie, en attend plutôt de l'eau-de-vie et parle à ses enfants disparus quand elle ne tape pas sur ceux qui restent.

Quinze ans et un drame plus tard, leur fils Robert part tenter sa chance dans l'Ouest. Il sera garçon de ferme, mineur, orpailleur, puis renouera avec la passion des arbres en prélevant des pousses de séquoias géants pour un exportateur anglais fantasque qui les expédie dans le Vieux Monde. De son côté, sa sœur Martha n'a eu qu'un rêve : traverser l'Amérique à la recherche de son frère. Elle a un lourd secret à lui faire partager...




À l'orée du verger dont l'éditeur n'est autre que La Table Ronde, sent la pomme, la terre fraîchement retournée et ces odeurs de campagne profonde qui hantent notre enfance. Un récit fermement ancré dans l'histoire des Etats-Unis et dans la réalité de la vie au XIXème siècle : il faut défricher, lutter contre une nature persistante qui avale les êtres et les recrache sans cesse, les assaille de fièvre et empêche toute culture. Il faut suer sang et eau dans cet Ohio où les familles ont fui à la recherche d'une utopie qui n'y était guère. Les Goodenough ont eu leur part de malheur, jusqu'à cet instant tragique où leur quotidien se déstructure et s'effondre, à tout jamais impossible.

Tracy Chevalier nous immerge avec virtuose dans son marais, une narration à multiple facettes qui nous force à comprendre la faiblesse humaine et la cruauté qui lui est inhérente. L'éradication progressive d'une famille qui aura créé et encouragé son propre malheur, et la difficulté qu'il y a à grandir et rompre avec un passif aussi sombre. Mais le rêve américain n'est pas que désillusion, il est aussi savoir trouver son propre bonheur ! C'est la quête humanitaire que mènera Pierre, un devoir de rédemption comme héritage, tandis qu'il traversera toutes les contrées du continent en une fuite éperdue.

Il y a du beau et de l'émouvant dans les blessures humaines. Un ouvrage dont le final est un hymne à l'espoir qui saura surpasser l'obscurité de ces temps d'alors. Un très bel ouvrage !

mercredi 1 juin 2016

Arte / Kei Ohkubo

Dans la Florence du XVI ème siècle, l'art et les artistes sont partout, et ces derniers ont une place très importante dans la société. Mais cette profession n'est réservée qu' aux hommes, car la condition féminine de l'époque n'est pas très glorieuse ...

C'est dans ce contexte que l'on découvre Arte, jeune florentine, et sa passion pour le dessin.
Mais dans une société ou la femme n'est destinée qu'au mariage, trouver un maître qui accepte une apprentie va se révéler difficile, et Arte devra se battre pour rejoindre un atelier.



Kei Ohkubo nous propose ici un manga qui oscille entre art et histoire, auxquels s'ajoute une pointe de féminisme, qui nous entraîne dans les méandres des rues florentines ou se côtoient artistes, aristocrates et ouvriers.
Une lecture de très bonne qualité, avec une héroïne entraînante et des dessins magnifique, que je recommande aux plus jeunes comme aux plus vieux !

Surtout ne vous laissez effrayer par le sens de lecture japonais, ce manga est une petite merveille !