mercredi 22 juin 2016

À l'orée du verger / Tracy Chevalier

En 1838, dans l’Ohio, la famille Goodenough s'installe sur les terres marécageuses du Black Swamp, dans l'Ohio. Chaque hiver, la fièvre vient orner d'une nouvelle croix le bout de verger qui fait péniblement vivre cette famille de cultivateurs de pommes. Tandis que James, le père, tente d'obtenir de ces terres hostiles des fruits à la saveur parfaite, la mère, Sadie, en attend plutôt de l'eau-de-vie et parle à ses enfants disparus quand elle ne tape pas sur ceux qui restent.

Quinze ans et un drame plus tard, leur fils Robert part tenter sa chance dans l'Ouest. Il sera garçon de ferme, mineur, orpailleur, puis renouera avec la passion des arbres en prélevant des pousses de séquoias géants pour un exportateur anglais fantasque qui les expédie dans le Vieux Monde. De son côté, sa sœur Martha n'a eu qu'un rêve : traverser l'Amérique à la recherche de son frère. Elle a un lourd secret à lui faire partager...




À l'orée du verger dont l'éditeur n'est autre que La Table Ronde, sent la pomme, la terre fraîchement retournée et ces odeurs de campagne profonde qui hantent notre enfance. Un récit fermement ancré dans l'histoire des Etats-Unis et dans la réalité de la vie au XIXème siècle : il faut défricher, lutter contre une nature persistante qui avale les êtres et les recrache sans cesse, les assaille de fièvre et empêche toute culture. Il faut suer sang et eau dans cet Ohio où les familles ont fui à la recherche d'une utopie qui n'y était guère. Les Goodenough ont eu leur part de malheur, jusqu'à cet instant tragique où leur quotidien se déstructure et s'effondre, à tout jamais impossible.

Tracy Chevalier nous immerge avec virtuose dans son marais, une narration à multiple facettes qui nous force à comprendre la faiblesse humaine et la cruauté qui lui est inhérente. L'éradication progressive d'une famille qui aura créé et encouragé son propre malheur, et la difficulté qu'il y a à grandir et rompre avec un passif aussi sombre. Mais le rêve américain n'est pas que désillusion, il est aussi savoir trouver son propre bonheur ! C'est la quête humanitaire que mènera Pierre, un devoir de rédemption comme héritage, tandis qu'il traversera toutes les contrées du continent en une fuite éperdue.

Il y a du beau et de l'émouvant dans les blessures humaines. Un ouvrage dont le final est un hymne à l'espoir qui saura surpasser l'obscurité de ces temps d'alors. Un très bel ouvrage !