C’est l’année du baccalauréat pour Magyd, petit Beur de la rue Raphaël, quartiers nord de Toulouse. Une formalité pour les Français, un événement sismique pour l’“indigène”. Pensez donc, le premier bac arabe
de la cité. Le bout d’un tunnel, l’apogée d’un long bras de fer avec la
fatalité, sous l’incessante pression énamourée de la toute-puissante
mère et les quolibets goguenards de la bande. Parce qu’il ne fait pas
bon passer pour un “intello” après l’école, dans la périphérie du
“vivre ensemble” – Magyd et ses inséparables, Samir le militant et Momo
l’artiste de la tchatche, en font l’expérience au quotidien.
Entre soutien scolaire aux plus jeunes et soutien moral aux filles cadenassées, une génération joue les grands frères et les ambassadeurs entre familles et société, tout en se cherchant des perspectives d’avenir exaltantes. Avec en fond sonore les rumeurs accompagnant l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, cette chronique pas dupe d’un triomphe annoncé à l’arrière-goût doux-amer capture un rendez-vous manqué, celui de la France et de ses banlieues.
Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l’identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d’une réalité qui persiste, boite, bégaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul !
Paru chez ACTES SUD pour la rentrée littéraire, ce troisième roman de Magyd Cherfi est résolument autobiographique. L'auteur nous immerge dans son quartier toulousain à la fin des années 70, principalement peuplé de familles d'ouvriers émigrés d'Algérie. L'auteur nous fait revivre ses pensées adolescentes, à chercher sa place entre traditions familiales et françaises, et à cultiver son amour de l'écrit tout en devenant par là même une cible pour ses camarades. On le suit durant l'année de son baccalauréat, objectif essentiel aux yeux de sa mère, et de la création de projets socio-culturels dans son quartier, prémisses des engagements militants du futur chanteur.
Le ton reflète le lieu et l'époque : on passe d'un langage familier teinté d'argot arabe ou gitan, à un vocabulaire plus soutenu quand l'auteur désire nous faire part de ses émotions profondes. On sent les tensions, sa peine à atteindre la liberté pour lui comme pour ses amis, mais aussi l'humour dans la fatalité, et parfois l'espoir en l'avenir malgré les difficultés du quotidien.
Magyd Cherfi vous en dira sûrement plus durant les Correspondances de Manosque le dimanche 25 septembre à 14h30, Place Marcel Pagnol.
